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Andrew Argent : le Français qui a lancé une académie de football à Prague pour les oubliés du foot

  • Photo du rédacteur: Simon Arnaudet
    Simon Arnaudet
  • 9 sept.
  • 6 min de lecture

Il est de ceux qui ont du talent mais n’ont pas fait carrière dans le football professionnel. Là où d'autres ressassent les regrets d’un rêve inaccompli, Andrew Argent a préféré retrousser ses manches pour mettre sa passion au service des enfants. Installé à Prague, ce Rouennais d’origine a cofondé une académie pas comme les autres, loin des rêves de Ligue des champions et des parents surmotivés. Rencontre avec un éducateur du dimanche au projet singulier, qui a choisi le plaisir avant la performance.


académie de football à Prague

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis Andrew Argent, marié, deux enfants, 42 ans, et je suis un grand passionné de football. Mon histoire avec le football est assez ordinaire. J’ai commencé à jouer à l’âge de 6 ans, en suivant un parcours classique. J’ai fait mes classes en France, dans la région rouennaise, et j’ai ensuite porté les couleurs du FC Rouen et de l’US Quevilly. J’ai aussi eu un petit parcours en futsal et en freestyle. Puis la vie m’a mené vers la République tchèque.

 

Tu étais un sacré joueur quand t’étais plus jeune. À quel moment tu t’es dit que ton avenir, ce serait peut-être plus d’éduquer des petits que de dribbler des grands ?

Je ne pense pas avoir été un joueur exceptionnel, j’étais plutôt correct. Mon seul objectif, c’était de jouer au football sans me prendre la tête. Je ne me suis jamais dit que je voulais devenir entraîneur. Mais le parcours de vie m’a amené à créer une académie de football à Prague. Jamais je n’aurais imaginé ça plus jeune.

 

C’est vrai que t’as mis une virgule à Ronaldinho ?!

La légende n’est pas complètement fausse… J’ai eu la chance de côtoyer Ronaldinho lors du tournage d’une publicité Nike, en novembre 2002. Pour moi, grand supporter du Paris Saint-Germain, c’était incroyable. On était aux débuts du football freestyle, et Nike m’a sélectionné pour participer à la pub. On était cinq : un Hollandais, un Anglais, un Coréen, et deux Français, Mohammed Ndiaye et moi. Et oui, j’ai pu échanger quelques jongles avec Ronnie. D’ailleurs, j’ai réussi à lui apprendre un geste à la fin du tournage !

 

Peux-tu nous présenter ton académie de football à Prague ?

League Five ACADEMY, c’est une académie dédiée aux enfants qui aiment le foot… mais que le foot n’aime pas trop, dans le sens où ils ne sont pas très bons. Dans un club classique, ces enfants peuvent vite être découragés, car la compétition, les matchs, la pression de la performance, tout ça n’est pas pour eux. Nous, on se concentre uniquement sur un entraînement du dimanche matin. Les enfants viennent, s’amusent, jouent dans un cadre « foot de rue ». On leur propose des ateliers ludiques pendant 30 à 40 minutes, encadrés par des éducateurs, puis on termine par un match. Ils reprennent confiance. Et s’ils le souhaitent, ils peuvent ensuite rejoindre un club.

 

Pourquoi Prague ?

Ce n’était pas du tout prévu. En 2011, avec un ami, on a décidé de s’installer à Prague un peu sur un coup de tête, « pour essayer ». J’ai commencé par organiser des tournois de futsal pour adultes. Puis l’idée de l’académie de football à Prague a émergé.

 

Tu n’as sans doute pas monté ça tout seul…

Exactement. Ce n’est même pas mon idée au départ. Elle vient de Johan Cheikh, mon associé, qui voulait créer quelque chose pour ses enfants. Moi, je n’en avais pas encore. Lui ne voulait pas les inscrire dans des clubs classiques avec trois entraînements par semaine, un ou deux matchs le week-end, et toute la pression qui va avec. Il savait que j’étais dans le foot, alors il m’a proposé de créer une académie avec lui. J’étais d’abord réticent, car je n’ai jamais eu l’âme d’un coach. Mais il a su me convaincre. C’était en mai 2015. Voilà, ça fait déjà 10 ans !

 

Académie football Prague

Tu bosses avec des enfants de tous les horizons. Est-ce que tu sens que le foot est encore un lieu de mélange social ou est-ce qu’il devient aussi élitiste que la Startup Nation ?

Le foot est encore un vrai lieu de mélange social. Une fois sur le terrain, il n’y a plus de classes sociales, juste un ballon. Les enfants peuvent être fils d’ambassadeur, de directeur ou d’ouvrier au chômage, ça ne change rien. Tout le monde joue ensemble. Dans notre académie de football à Prague, on veut surtout que les enfants s’épanouissent, reprennent confiance, fassent du sport, tapent dans un ballon. C’est notre seule ambition.

 

T’as déjà eu des parents persuadés d’avoir mis au monde le nouveau Mbappé (ou Rosický) ?

On a la chance d’en avoir très peu, justement parce qu’on revendique un projet loisir. Les « Wonderkids », ce n’est pas pour nous. Quand un enfant est vraiment très fort, on l’oriente directement vers le Sparta ou le Slavia, et on est contents pour lui. Mais chez nous, ce qui compte, c’est de jouer, de se faire des copains, peu importe le niveau.

 

Tu fonctionnes avec quel business model ? Cotisations, sponsors, partenariats… ou t’as juste pris deux plots et un ballon ?

On ne vit pas de l’académie. Ce n’est pas un business. À nos débuts, on n’avait aucun business plan, et on n’en a toujours pas. On a juste pris un ballon, des plots, et on s’est dit « on verra ». L’objectif, c’est de faire plaisir aux enfants et aux parents. C’est du loisir, de l’amusement, rien de plus.

 

Tu pourrais exporter ce modèle ailleurs ? T’as déjà eu envie de “franchiser” League Five ?

C’est tout à fait possible. Il n’y a aucune règle qui interdit de prendre des plots, un ballon et de faire jouer des enfants dans un parc. On est complémentaires des fédérations et des clubs. Donc non, ça ne dérangerait personne de dupliquer League Five ailleurs.

 

Comment on t’accueille à Prague quand tu débarques avec tes idées de foot “à la française” ?

Pour être honnête, on ne m’accueille pas vraiment ! (rires) Les gens sont assez indifférents à ce qu’on propose, parce qu’on n’est pas dans la compétition. Ce n’est pas très « sexy », donc il n’y a pas de considération particulière. Mais tant mieux. On ne dérange personne, et on est très contents de ce qu’on fait.

 

Est-ce que tu observes une différence dans l’éducation par le sport ici ?

Oui, ici, tout est axé sur la performance. Il faut être bon, sinon on ne joue pas. Et ça peut être frustrant pour des enfants qui veulent simplement taper dans un ballon pour le plaisir, mais qui ne sont pas assez bons pour avoir cette chance.

 

Et sinon, entre nous, t’es plutôt Slavia, Sparta ou Bohemians ?

Entre nous… je suis et je resterai Paris Saint-Germain ! Je peux aller voir un match du Sparta ou autre, pas de souci, mais mon club, c’est Paris.

 

Et si un club pro tchèque t’appelait pour entraîner une équipe jeune, tu y vas ?

Je ne pense pas en avoir les compétences. Je suis un animateur, pas un coach. Être adjoint, pourquoi pas, pour encadrer des séances. Mais je ne me vois pas comme un meneur d’hommes.

 

En dehors de l’académie, tu fais quoi d’autre dans le foot ?

J’organise parfois des matchs de futsal pour l’équipe de France dans la région : Slovaquie, Tchéquie, Pologne… Je monte aussi des tournois de street football pour notre partenaire Veolia Energy CZ. Et je suis volontaire pour l’UEFA pendant les matchs de Ligue des champions ou d’Europa League. Le football, c’est une vraie passion.

 

Tu es originaire de Rouen… Tu penses que les deux clubs fusionneront un jour pour ramener la ville en Ligue 1 ?

Oui, je suis Rouennais, et très fier de l’être ! La fusion, franchement, ça paraît compliqué. Mais le football à Rouen existera toujours. Et j’en suis convaincu : un jour, il y aura un club de Rouen en Ligue 1.

 

Il y a ceux qui rêvent de former des cracks, et puis il y a ceux comme Andrew, qui préfèrent faire des passes à ceux qu’on oublie. Une autre idée du foot. Et peut-être, finalement, la bonne.


Andrew Argent : académie de football à Prague

Le TOP10 d'Andrew Argent

⚽ Le meilleur joueur avec qui tu aies joué : je dirais Christopher Samba. Il était déjà très à l’aise techniquement chez les jeunes, très charismatique et surtout super motivé !

🆚 Le meilleur joueur contre qui tu aies joué : sûrement Franck Ribéry, à l’âge de 15 ans, quand il était au LOSC.

🐓 Le meilleur joueur français de l’Histoire : Zinédine Zidane.

🌍 Le meilleur joueur de l’Histoire : Ronaldinho.

👦 Ton idole de jeunesse : Chris Waddle.

🏓 Un autre sport : le ping-pong.

🌍 Un pays où tu aimerais jouer : l’Afrique du Sud.

🕊️ Un héros dans la vie "réelle" : Nelson Mandela.

💪 Ta plus grande qualité : être positif.

🧠 Ta devise : Il n’y a jamais de problème, il n’y a que des solutions. Et s’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème.


11 de rêve D'Andrew Argent (4-4-2)

Bernard Lama

Roberto Carlos - Lilian Thuram - Marcel Desailly - Cafu

Chris Waddle - Makelele - Verratti - Dembele

Ronaldinho – Zidane


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Crédits photo : Andrew Argent

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