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FC Fleury 91 : immersion au cœur de la révélation du championnat National

  • Photo du rédacteur: Simon Arnaudet
    Simon Arnaudet
  • il y a 1 jour
  • 11 min de lecture

« Fleury peut jouer les cinq premières places. » La phrase, signée Stéphane Moulin, coach de Valenciennes, résume à elle seule le bouleversement qui traverse le National. Comment des clubs peu expérimentés au haut niveau comme Fleury ou Aubagne parviennent-ils à bousculer la hiérarchie ? Et surtout, comment peuvent-ils devancer des géants dont les budgets sont parfois cinq à dix fois supérieurs, comme Valenciennes ou Caen ? Ce vendredi soir, au cœur du Hainaut, le FC Fleury 91 – 14ᵉ budget de National (sur 17 clubs engagés) – se présente face à l’un des favoris du championnat : 2ᵉ plus gros budget du championnat, effectif à la plus forte valeur marchande selon Transfermarkt, 3ᵉ affluence et un stade digne de la Ligue 1. Sur le papier, c’est l’un des déplacements les plus périlleux de la saison ; dans les faits, Fleury avance avec dix points d’avance sur le premier relégable, Bourg-en-Bresse, et un point d’avance sur son adversaire du soir, confirmation qu’un nouvel équilibre s’installe. Pour comprendre la révolution qui s’annonce au troisième échelon du football français, j’ai suivi en immersion le déplacement du FC Fleury 91, au cœur de son choc face à l’ogre valenciennois.


FC Fleury 91 - Simon Leon - 11 titulaire

Le 11 titulaire du FC Fleury 91 contre le VAFC


Le nouvel échiquier du football francilien

Avant d’entrer dans le vif du National, impossible de ne pas regarder d’abord du côté d’un football francilien en pleine effervescence car il vit une recomposition inédite. Tout en haut, le PSG évolue sur une autre planète, écrasant la concurrence sportive et économique comme aucune autre équipe en France. Derrière, le Paris FC s’est installé dans le rôle de challenger ambitieux, avec la volonté assumée de réduire progressivement l’écart et de devenir, à terme, un rival crédible de son voisin. À l’étage inférieur, le Red Star avance avec une stratégie claire : structurer le club, moderniser Bauer et viser une montée en Ligue 1 à moyen ou long terme. Dans son sillage, le FC Versailles, porté par le projet d’Alexandre Mulliez, a pour objectif une accession rapide en Ligue 2. Juste derrière, le FC Fleury 91, promu de National 2 l’été dernier, réalise une saison solide en National et veut absolument intégrer la future Ligue 3 pour s’ancrer durablement dans le paysage professionnel. Le Paris 13 Atletico poursuit le même objectif, même s’il a déjà effectué plusieurs allers-retours entre les deux divisions ces dernières années. Plus loin, l’oublié FC 93, qui aurait dû être le 18ᵉ club du National cette saison avant une décision administrative retentissante, peine à retrouver son niveau en National 2 après cette immense déception. À cela s’ajoutent les outsiders d’ambition nouvelle : les Lusitanos Saint-Maur, actuels deuxièmes de National 2, et Créteil, relancé par le rachat de Xavier Niel et déterminé à remonter la pyramide du football français. Dans cette hiérarchie mouvante et plus disputée que jamais, le FC Fleury 91 occupe aujourd’hui la cinquième place francilienne — une position qu’il ne veut ni céder, ni abandonner.


FC Fleury 91 - Simon Leon - David Vignes

David Vignes, entraîneur du FC Fleury 91


L’identité familiale, socle de la réussite du FC Fleury 91

Le FC Fleury 91 n’a pas grandi comme les autres. Né en 1970 de la fusion entre deux clubs ouvriers de l’Essonne, longtemps ancré dans les divisions régionales, il a toujours conservé l’âme de ses débuts : celle d’un club de proximité, où la notion de famille précède celle de performance. Cette identité n’a pas disparu en montant les échelons ; elle s’est même renforcée. Dans le vestiaire, sur le terrain, dans l’organisation du club, on parle souvent de solidarité, de disponibilité, d’attention à l’autre. Le milieu de terrain Grégoire Lefebvre, passé l’AJ Auxerre et l’AS Nancy, le résume mieux que personne : « C’est un club très familial. » Ce mot — familial — revient partout, jusque dans la tribune. Lors du déplacement à Valenciennes, un ultra du FC Fleury a fait seul le trajet : le club l’a remercié en le ramenant dans le bus officiel avec les joueurs et le staff. Un geste simple, mais révélateur : ici, personne n’est laissé de côté. Cette culture irrigue aussi le terrain. David Vignes, entraîneur inspiré par Guardiola, Lobanovski et Claude Onesta, cherche avant tout à bâtir une équipe « compliquée à jouer », avec des joueurs intelligents. Convaincu que « l’argent ne fait pas tout », il transforme le 14ᵉ budget du National en une force collective où chaque ressource est optimisée. Dans ce club, le collectif n’est pas un concept abstrait : c’est un principe de vie, un héritage, une méthode. Fleury n’a jamais été construit pour briller seul ; Fleury a été construit pour avancer ensemble. Et c’est précisément cette identité qui explique pourquoi, aujourd’hui, un club venu du National 2 peut regarder droit dans les yeux des institutions du football français.

 

FC Fleury 91 - Simon Leon - Pascal Bovis

Le président Pascal Bovis et son conseiller Salah Mahdjoub


Entre géants déchus et ambitieux promus : le vrai visage du National

Le National 2025-2026 ressemble plus que jamais à une division charnière du football français, un carrefour où se rencontrent deux mondes. D’un côté, les géants historiques tombés du monde professionnel – Sochaux, Valenciennes, Dijon, Caen – avec leurs infrastructures modernes et des effectifs bâtis pour remonter au plus vite, eux, qui disposent de « stades de Ligue 1 », souffle d’ailleurs le président Pascal Bovis, admiratif du niveau des installations du VAFC. De l’autre, des clubs venus du football amateur, qui doivent affronter des budgets cinq à dix fois supérieurs : Saint-Brieuc, Le Puy, Aubagne, mais aussi les franciliens Paris 13 Atletico et Fleury, promus à force de travail et de structuration. Ce mélange crée un championnat unique, d’une intensité que beaucoup sous-estiment. David Vignes le décrit avec précision : « En National, on affronte des clubs très pros. En N2, c’est presque pro. » La transition n’est donc pas simplement sportive : elle est culturelle, méthodologique, organisationnelle. « Paradoxalement, plus on descend, plus c’est dur : plus de pressing, moins d’espaces », note Grégoire Lefebvre, habitué des divisions supérieures. Et pour Fleury, cette montée acquise pour la première fois de son histoire en mai 2025 a marqué un tournant : promu depuis le National 2, le club de l’Essonne entrait dans un nouveau chapitre et revendiquait déjà une ambition mesurée. Avant d’être ambitieux, il faut donc s’ancrer, survivre à la première saison. Les fortunes sont d’ailleurs contrastées : le Stade Briochin, lui aussi promu, végète à une 17ᵉ place synonyme de retour express en N2, quand Fleury, mieux armé collectivement, s’est installé dans la première partie du tableau. Cette progression se mesure aussi dans les tribunes : « En N2, on faisait 600 à 1 000 spectateurs ; aujourd’hui, on est entre 1 500 et 2 000 », glisse Salah Mahdjoub, conseiller du président Bovis, preuve que le club attire désormais un public plus large. L’unité autour de l’équipe, elle, se ressent partout. « J’ai senti une équipe soudée, passionnée. On gagnera ensemble, on perdra ensemble », raconte un Ultra de Fleury, symbole d’un climat unique dans cette division. Le National ne pardonne rien, ne laisse aucun répit, mais il récompense les clubs cohérents, structurés et solidaires. Et à ce jeu-là, Fleury, promu discret mais ambitieux, a compris plus vite que les autres comment exister parmi les grands.



FC Fleury 91 - Simon Leon - Hainaut VAFC

 Pelouse du Hainaut en avant-match


Objectif Ligue 3

Pour le FC Fleury 91, l’horizon est limpide : réussir sa première saison en National pour intégrer, dès l’an prochain, la future Ligue 3, nouvelle division créée pour professionnaliser durablement l’antichambre du football français. Cette réforme — portée notamment par des dirigeants influents comme Marc Keller et Pascal Bovis, président de Fleury mais aussi de l’U2C2F — doit harmoniser les statuts, renforcer les centres de formation et structurer un championnat trop longtemps coincé entre le football amateur et le monde pro. « C’est énormément de travail », reconnaît Bovis, très impliqué dans la construction de ce nouvel étage destiné à offrir plus de visibilité, une meilleure diffusion et un cadre économique cohérent. Pour Fleury, y figurer serait une suite logique. « Le club se structure déjà depuis des années. Le club est prêt », glisse David Vignes, qui s’appuie sur un staff de quinze membres, digne d’un club pro : deux adjoints terrain, deux préparateurs physiques, un entraîneur des gardiens, deux kinés, un ostéopathe, un médecin, deux intendants, un team manager, deux analystes vidéo et un chargé de communication. Preuve que l’ascension n’est pas accidentelle mais planifiée. À court terme, l’objectif est donc clair : se maintenir pour rejoindre ce futur championnat, véritable tremplin pour stabiliser le club dans le monde professionnel. Les supporters eux-mêmes y voient une opportunité majeure : « La Ligue 3 sera un effet de levier pour tout le monde », estime un ultra de Fleury, malgré la frustration des matchs joués le vendredi soir, peu compatibles avec les contraintes personnelles et professionnelles des supporters. Pour Salah Mahdjoub, la réussite de cette nouvelle division reposera sur « de beaux stades, de belles communautés et la diffusion des matchs ». Si Fleury décroche son billet, il pourra enfin se projeter sereinement : consolider son modèle, attirer de nouveaux talents, renforcer son ancrage, et s’installer durablement dans un paysage professionnel où, il y a encore quelques années, personne ne l’attendait. Sauf lui.

 

FC Fleury 91 - Simon Leon - Tribune presse Hainaut

Stade du Hainaut à l'occasion du match VAFC vs FC Fleury 91


Efficacité contre efficience : un choc d’identités au stade du Hainaut

C’est l’heure du match. Le Hainaut s’allume devant 6 567 spectateurs, dans une ambiance où l’on sent la pression peser davantage sur Valenciennes que sur son adversaire. Le VAFC, avec son effectif bâti pour remonter rapidement vers le haut du football français, doit assumer son statut et faire preuve d’efficacité. En face, le FC Fleury 91 arrive avec une autre philosophie : celle d’un club qui fait très bien avec moins, qui cultive l’efficience, la cohésion et un sens du collectif devenu sa véritable signature. Le retour de Stéphane Lambèse, tout juste qualifié pour la Coupe du monde, ajoute une touche de prestige supplémentaire à l’effectif francilien. Le décor est planté : une opposition entre une équipe construite pour dominer et une autre qui, sans moyens démesurés, maximise chaque détail. Un choc d’identités plus qu’un duel de statuts.

 

Valenciennes sous pression, Fleury sous contrôle

Dès la 5e minute, Valenciennes réclame un penalty — sans conséquence. Le VAFC occupe le terrain, mais le FC Fleury 91 ne s’affole jamais. À la 10e, un coup franc excentré amène un corner, et sur ce dernier, Fredy Colombo coupe parfaitement au premier poteau pour ouvrir le score (11e), servi par un corner précis de Gannoun. À la 13e, le stade du Hainaut chante une Marseillaise en hommage aux victimes du 13 novembre, moment symbolique et puissant. Sur le terrain, Fleury respire la sérénité : ressorties propres, provocations, coups francs, rythme maîtrisé. Côté valenciennois et à chaque ballon, Baghdadi amène une menace permanente, mais Fleury reste d’un calme impressionnant. À la 21e, Alette sort une parade exceptionnelle sur la tête de Rouaï, avant que Fleury ne manque le cadre dans la transition suivante. Valenciennes peine à connecter sa relance avec son attaque, perd de nombreux ballons sous le pressing intelligent des Franciliens. Fleury impose son tempo, éteint son adversaire et contrôle le match mentalement. À la pause, la sensation est nette : ce match ressemble au plan du FC Fleury bien plus qu’à celui de Valenciennes.

 

FC Fleury 91 - Simon Leon - Homssa Nadir

Le milieu de terrain du FC Fleury 91 Nadir Homssa


Un bijou de 30 mètres et Fleury s’envole

À la pause, Stéphane Moulin effectue trois changements pour relancer une équipe en panne d’idées. Mais avant même que les entrants ne touchent le ballon, le FC Fleury 91 frappe un énorme coup : un ballon repoussé, et Morgan Jean-Pierre déclenche une frappe de 30 mètres, sublime, qui finit dans la lucarne. Le Hainaut se fige. Valenciennes n’a plus le choix, doit se découvrir, et Fleury profite des espaces avec une lucidité remarquable. À la 54e, une nouvelle frappe francilienne oblige Louchet à s’employer. Fleury récite une partition nette : sérénité, transitions fluides, implication générale dans les solutions offertes au porteur de balle. À l’heure de jeu, Bovis coupe une offensive valenciennoise et écope d’un jaune, avant qu’Inchaud ne manque une reprise, seul devant le but sur le coup franc suivant. Entre la 70e et la 85e, Valenciennes pousse enfin : centres dangereux, double parade d’Alette, frappes imprécises. Mais Fleury casse le rythme, temporise, gère. Les entrées de Belliard, Lambèse et Plisson redonnent du souffle et de la maîtrise. À la 91e, Belliard frôle le 0–3. Le FC Fleury a répondu présent dans tous les registres : le jeu, la discipline, le mental.

 

Le cœur du jeu, le cœur du succès

On aurait pu choisir, comme homme du match, Morgan Jean-Pierre, auteur d’un but venu d’ailleurs, ou Gannoun, passeur décisif sur le corner du 0–1, ou encore Alette, impeccable et auteur d’une parade exceptionnelle en première période. Mais la lumière revient sur un duo moins spectaculaire et pourtant déterminant : Lefebvre et Hervieu. L’un par son expérience et son sens du placement, l’autre par son activité, son engagement et une intelligence de jeu bluffante pour gérer près d’une heure sous la menace d’un avertissement. Ils ont contrôlé le rythme, absorbé les vagues adverses, rééquilibré chaque transition et dicté la partition au milieu. Le cœur du jeu, le cœur de la victoire pour le FC Fleury 91.

 

« La force collective » : Fleury fait l’unanimité

En conférence de presse, Gaëtan Courtet est le premier à saluer « la force collective de Fleury », un constat rare et significatif venant d’un attaquant aussi expérimenté. Puis vient le tour de Stéphane Moulin, lucide et cash : « Ils ont la dalle, la grinta. Ils peuvent jouer les cinq premières places. Pour monter, il faut être costaud en défense, et eux, malgré leurs absents, ils ont été très solides. Ils peuvent s’appuyer sur un collectif. » Interrogé sur ces compliments, David Vignes reste humble mais fier : « C’est sympa de leur part. Ce que j’aime, c’est notre capacité à jouer tous ensemble. Avec les absents qu’on avait encore aujourd’hui, faire une prestation comme ça, c’est fort. Le coach parle du top 5 ? Pourquoi pas. Si on garde cette constance, oui, on n’a rien à envier à personne. Mais l’objectif, c’est d’être en Ligue 3 l’an prochain. On a 13 points d’avance sur le maintien, restons lucides. Si on continue comme ça, on sera parmi les 5 ou 6 premiers. » Une conférence de presse qui résume parfaitement la soirée : respect unanime, ambition maîtrisée, et un FC Fleury 91 qui avance sans bruit, mais très sûrement.

 

FC Fleury 91 - Simon Leon - ultra

Au bout de cette soirée au Hainaut, une chose apparaît clairement : le FC Fleury 91 ne surprend plus personne par hasard. La victoire, le classement — désormais 7ᵉ de National, devant Valenciennes, devant Caen — racontent autre chose qu’un simple exploit. Ils racontent une trajectoire. Celle d’un club qui refuse les artifices, qui ne s’invente pas un destin mais qui le travaille, le polit, le construit jour après jour. Dans un championnat où certains empilent les signatures à chaque mercato, David Vignes, lui, sourit lorsqu’on lui demande comment produire du jeu avec un budget serré : « Avec des joueurs ! » Une pirouette humoristique, certes, mais aussi une conviction profonde : le football n’est pas une question de millions, mais de cohérence, de travail et d’intelligence collective. Fleury en est la démonstration éclatante. Sur le terrain comme dans l’organigramme, tout part d’un socle — un club familial, soudé, où chacun connaît sa place et son importance. Pascal Bovis, entouré de sa « famille footballistique », ne s’égare jamais : l’ambition est sincère mais réaliste, forte mais maîtrisée. Et chaque étape est assumée, pensée, digérée avant d’être franchie. Après le match, dans les tribunes, dans le bus, dans les couloirs du stade, on voit bien que quelque chose se passe. Les supporters parlent d’une équipe « soudée, passionnée ». Les adversaires saluent « la force collective ». Le public découvre une formation qui impressionne son monde, par son calme, son jeu, son identité. Fleury n’est plus seulement un promu courageux ; c’est un club qui sait où il va. La Ligue 3, désormais en ligne de mire, ne représente pas un rêve lointain mais une continuité logique. Une étape nécessaire pour stabiliser le projet, professionnaliser encore davantage l’environnement, et offrir au territoire essonnien une place durable dans le football français. Si Fleury y accède, ce sera au mérite. Si Fleury y brille, ce sera dans l’ordre naturel des choses. Car au fond, la force de ce club est là : ne jamais se prendre pour ce qu’il n’est pas, mais ne jamais douter de ce qu’il peut devenir. Ce soir à Valenciennes, Fleury n’a pas renversé la hiérarchie ; il l’a simplement remise à jour. Et peut-être qu’au bout du compte, la vraie révolution du National 2025-2026 n’est pas que Fleury gagne ces matchs-là. C’est que, désormais, plus personne n’en tombe vraiment de sa chaise.

 

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