“Deux Nuits Avec” : comment Florian Gautier raconte le sport autrement
- 22 avr.
- 19 min de lecture
Dernière mise à jour : 23 avr.
« Choisir, c’est renoncer ». Pas pour Florian Gautier ! Lui a décidé de tout garder : le journalisme, le sport, le voyage. Et d’en faire un terrain de jeu. Avec Deux Nuits Avec, il embarque sa caméra aux quatre coins du monde pour aller là où les autres ne vont pas. Pas pour faire du buzz. Pas pour empiler des noms. Mais pour capter des histoires. Des vraies. Celles qu’on ne voit jamais. Dans un paysage saturé de contenus rapides et formatés (et quelquefois simplement copiés), Florian Gautier prend le contre-pied : du temps, de l’immersion, du lien. Résultat ? Des épisodes qui accrochent, qui marquent, et qui rappellent pourquoi le documentaire sportif peut encore surprendre. Dans cet entretien, il raconte tout : ses débuts, ses galères, sa vision du métier, les coulisses de Deux Nuits Avec, la concurrence, et son nouveau projet « Du Dribble au Mic ». Sans filtre. Comme ses épisodes.

Peux-tu te présenter en quelques mots pour quelqu’un qui ne te connaît pas encore ?
Je m’appelle Florian Gautier, j’ai 30 ans et je suis le créateur et l’animateur de la série Deux Nuits Avec. Je tiens vraiment à cette image de journaliste sportif, puisque j’ai fait des études de journalisme à Tours. Depuis la 3e, je voulais faire ce métier. À cette époque, j’avais fait mon stage avec Karl Olive, ancien directeur des sports de Canal+, et c’est là que je me suis dit que je ne voulais faire que ça. J’écrivais déjà des articles de mon côté à la fin du collège, puis au lycée, j’ai créé deux sites internet : ActuSport, que j’ai réussi à revendre, puis lathlete.fr, qui était plus structuré avec plusieurs rédacteurs. Ce côté journaliste est resté très important pour moi : dans la manière dont j’aborde et j’anime mes épisodes, il y a une vraie rigueur journalistique qui, j’espère, se ressent et me permet de tenir sur le long terme. Donc ce n’est pas faux si on me considère comme un youtubeur, mais j’ai plus de mal avec le terme d’influenceur. À côté de ça, j’ai toujours fait beaucoup de sport : de l’athlétisme pendant une dizaine d’années à bon niveau, de l’équitation pendant plus de 10 ans aussi, et du futsal avec notamment un match en Ligue 2. J’ai toujours été très tourné vers le sport, mais aussi vers le voyage, notamment grâce à mes parents. Aujourd’hui, je développe Deux Nuits Avec et je lance aussi une nouvelle série, Dribble au mic, qui, je l’espère, m’ouvrira d’autres portes. Je suis quelqu’un de curieux, avec pas mal de passions, et j’aime bien tester.
Comment est né le projet « Deux Nuits Avec » ?
Le projet Deux Nuits Avec est né à la fin de mes études de journalisme. À ce moment-là, j’avais déjà envie de faire quelque chose par moi-même, j’avais aussi un peu de mal avec l’autorité et je me disais surtout que le monde du journalisme sportif était très bouché, donc il fallait réfléchir à un projet qui puisse fonctionner de mon propre chef. Depuis longtemps, j’avais cette idée de voyager, de rencontrer des gens et surtout de prendre le temps avec les athlètes, c’était vraiment le maître mot. Je me suis aussi dit qu’il fallait passer par la vidéo, parce que le format écrit ne me permettrait pas d’en vivre sur le long terme. À l’époque, je ne consommais pas vraiment de contenus YouTube, mais je voyais que c’était une plateforme accessible, simple, où tu peux être visible. En sortant d’école, j’ai fait un stage à l’AFP à Belgrade, puis je suis parti trois mois au cabinet de Karl Olive à la mairie de Poissy. Il voulait me renouveler et même m’intégrer davantage, mais la politique ne m’intéressait pas du tout, et c’est à ce moment-là que je me suis dit que cette idée de Deux Nuits Avec, à laquelle je pensais depuis un moment, était le bon projet. Je me suis donné trois ans à fond, j’avais la chance d’habiter chez mes parents donc pas de loyer, et je faisais de l’intérim pour financer le matériel et les déplacements, au début avec une GoPro. Le projet est aussi influencé par « J’irai dormir chez vous » et « Intérieur Sport », avec cette idée de mélanger immersion et qualité de reportage. Ensuite, je me suis lancé en démarchant énormément de sportifs jusqu’à ce que Kentin Mahé accepte, ce qui a donné un premier épisode, puis un deuxième, un troisième, et petit à petit un portfolio qui m’a permis de convaincre les autres.
Que souhaites-tu montrer à travers « Deux Nuits Avec » ?
L’idée, c’est déjà d’arrêter d’être « auto-centré » et d’élargir sa vision. Quand on pense à être sportif professionnel, on pense souvent à la France ou à l’Europe, alors qu’on peut vivre de sa passion dans le monde entier. Il y a vraiment plusieurs voies possibles, et si tu échoues en France, ce n’est pas un drame. Je prends l’exemple d’Andrew Jung que je suis allé voir en Indonésie : il avait une belle carrière en Ligue 2, mais là-bas, il est devenu une vraie rockstar. Ça n’a plus rien à voir, il peut être champion et jouer la Ligue des champions asiatique. Ça montre qu’il existe d’autres réalités. C’est pareil avec Simakan : en allant jouer en Arabie Saoudite, il est devenu une égérie pour le football asiatique. Donc il y a plein de façons de vivre sa passion. Et même quand les expériences sont moins bonnes, ça permet de relativiser. Tu peux te dire que tu as besoin de revenir en France, puis avec le recul, avoir envie de repartir et de retenter une autre expérience.
À quel moment tu sais que tu tiens un « bon épisode » de « Deux Nuits Avec » ?
Je le sais tout de suite ! C’est la façon dont va s’exprimer mon interlocuteur. Souvent, je leur demande de raconter des anecdotes pour imager leurs propos, pour vraiment entrer dans ce qu’ils racontent. Aujourd’hui, la chance que j’ai, c’est que les joueurs regardent les épisodes de Deux Nuits Avec, donc quand j’arrive, ils savent à quoi s’attendre. Si je reprends l’exemple d’Andrew Jung, il savait comment ça allait se passer. Quand j’arrive chez lui, tout est déjà naturel : on discute, sa femme et lui avaient préparé des cadeaux… C’est comme si on se connaissait déjà, comme deux potes. Il y a toujours ce feeling humain qui fait que je sais que ça va bien se passer. Et souvent, quand les joueurs sont à l’étranger, ils sont encore plus détendus, contents que quelqu’un vienne les voir et parle d’eux. C’est souvent dans ces épisodes-là, plus lointains, que je sens qu’il y a vraiment quelque chose, parce qu’il y a aussi des choses à raconter.
Quelle place laisses-tu à l’improvisation dans tes tournages ?
Le côté journalistique est vraiment dans la préparation. Tout le reste, c’est au feeling. J’ai mon carnet, je fais des recherches sur le joueur, sur le pays où il vit, la ville, le club, etc. Je note beaucoup d’informations et je me fais une trame, avec des thématiques que j’aimerais aborder, mais sans préparer de questions. J’ai toujours été surpris parce que dans les rédactions, on te dit qu’il faut absolument revenir avec certaines réponses, mais je n’en vois pas l’intérêt. Moi, je préfère avoir des sujets en tête et rebondir sur ce que la personne va me dire. C’est aussi l’avantage de Deux Nuits Avec : il y a beaucoup de moments off. Quand j’arrive, je n’allume pas la caméra tout de suite, on peut discuter pendant deux ou trois heures de tout et de rien, et ça me permet de voir ce qui est vraiment intéressant. Parfois, je vais lancer un sujet juste pour voir ce que ça donne, puis on déroule comme ça, un peu comme des post-its. Je garde une structure en tête, mais je m’adapte en permanence. Au début, j’avais tendance à vouloir poser toutes mes questions rapidement, mais je me suis rendu compte que le deuxième jour, il ne se passait plus grand-chose. Maintenant, je prends le temps et je garde certains sujets pour plus tard.
Selon toi, ce concept de passer du temps en immersion avec un sportif est-il un moyen ou une fin en soi ?
C’est un moyen d’avoir ce rendu-là. Moi, je voulais vraiment ce côté intimiste, sans être voyeur, et surtout permettre aux joueurs de s’exprimer dans un contexte presque amical, qu’ils soient complètement détendus. Au début, c’est aussi pour ça que je venais avec une GoPro, parce que ça faisait presque comme un jouet, ils pouvaient la prendre en main et ça mettait à l’aise. Alors que si tu arrives avec une grosse caméra et des lumières, forcément tu te crispes un peu. Là, l’idée, c’est vraiment d’être soi-même, il n’y a pas de recherche de buzz. Le fait de dormir chez eux aide beaucoup : on parle de tout et de rien, je discute avec leurs femmes, leurs enfants, je fais partie de leur quotidien pendant un court laps de temps. Et comme ils vivent souvent dans des bulles, le fait de t’accueillir chez eux, ça crée quelque chose de fort, ça crée des liens. Et ce sont ces liens qui font qu’au moment où j’allume la caméra, tout est naturel, tout est détendu. C’est vraiment un brise-glace. Psychologiquement, le joueur est déjà prêt à t’accueillir, alors qu’il sait que tu vas filmer chez lui. Et même si je voyage beaucoup et que les gens me suivent aussi pour ça, l’idée n’est pas de raconter mes aventures, mais vraiment de mettre l’invité au centre et de le découvrir à chaque épisode de Deux Nuits Avec.
Quel est l’invité que tu rêves d’avoir dans Deux nuits avec ?
Mon épisode référence, c’était celui avec Geoffrey Jourdren à Montpellier. C’est exactement pour ça que je fais Deux Nuits Avec. Il avait une image assez désastreuse, lui-même le sait, il le dit : quand il est énervé, il ne faut surtout pas lui tendre un micro. Mais l’image qu’on a de lui avant et après l’émission est totalement différente. Il était hyper touchant, et en fait c’est un super mec. Après ça, il m’avait remercié, il avait refait des émissions, et il m’a dit qu’il avait repris confiance. Je me rappelle aussi des commentaires des abonnés, et je me suis dit que ce pour quoi j’ai fait la série, c’était exactement ça : pas forcément changer l’image, mais montrer différemment. Je pense qu’on peut tous péter un câble au bord du terrain. Dans cette même idée, j’aimerais beaucoup faire Franck Ribéry. Ça fait longtemps que je suis en contact avec la personne qui l’accompagne dans sa carrière. À chaque fois, il me dit que ça se fera, mais je pense que ça ne se fera jamais… après, on ne sait jamais. Il passe ses diplômes pour être coach, et je pense que dans son quotidien, avec ses enfants, ce n’est pas un mauvais bougre. C’est un mec qui a eu des galères, et avec qui on aurait beaucoup de choses à apprendre. Mais avec des mecs comme ça, tu te régales. Ribéry, c’est un mec profondément humain.
Tu en es à plus de 120 épisodes : as-tu une idée du moment où tu t’arrêteras ?
Tant que je prends du plaisir, je continue. Je m’amuse énormément et je me dis qu’au contraire, plus ma notoriété augmente, même si ce n’est pas forcément ce que je recherche, ça me permettra d’avoir des sponsors plus importants et de me consacrer encore davantage au contenu de Deux Nuits Avec. Par exemple, en juin, je dois faire un épisode que je cherche à faire depuis très longtemps, avec un basketteur français en Syrie, même si le contexte est compliqué. On m’a toujours dit que le basket là-bas offrait des ambiances incroyables. J’ai encore plein d’épisodes que je veux faire, j’ai envie d’aller en Haïti. J’ai encore mille idées ! Donc peut-être que ce sera l’âge qui, un jour, me fera m’arrêter. Je suis aussi passionné de livres, j’ai toujours rêvé d’avoir une librairie, donc peut-être qu’à un moment je me dirai qu’il est temps de se stabiliser et d’ouvrir cette librairie !
« Pour les 10 ans de Deux Nuits Avec l’année prochaine, je vais faire un concours pour emmener quelqu’un avec moi en tournage »
Deux Nuits Avec en est à 97 400 abonnés sur YouTube : qu’as-tu prévu pour les 100K ?
J’étais tellement dans cette idée de me dire « je ne suis pas youtubeur » que je pensais que le jour où je recevrais le trophée des 100 000 abonnés, ça n’aurait pas vraiment de sens pour moi, que je le mettrais de côté. Mais aujourd’hui, je considère quand même ça comme une victoire. Je n’ai jamais été dans une logique de course aux abonnés, ce n’est pas quelque chose qui m’a particulièrement intéressé. Mais après dix ans, ça reste une barrière psychologique, et tu te dis que c’est pas mal. Même pour les marques, quand tu atteins les 100 000 abonnés, ça devient utile, et même peut-être avec les sportifs. Donc je pense que je vais faire des photos, fièrement, de ce trophée. Et je pense que, soit pour les 100K, soit pour les 10 ans de Deux Nuits Avec l’année prochaine, je vais faire un concours pour emmener quelqu’un avec moi en tournage.
Comment s’est concrétisé le partenariat avec Prime Video & Amazon MGM Studios ?
La stratégie de Prime Video, quand ils ont pris les droits TV de la Ligue 1 et de la Ligue 2, c’était de créer un écosystème autour de ces droits. La première année, ils ont sélectionné une dizaine de créateurs pour produire du contenu sur les réseaux, et j’en faisais partie. Ma mission, c’était de faire des épisodes de Deux Nuits Avec chez des joueurs de Ligue 1 et Ligue 2, pour garder le concept tout en l’intégrant à leur plateforme. La deuxième année, ils ont arrêté avec quasiment tout le monde, sauf deux créateurs dont moi. Ensuite, quand ils ont perdu les droits, ils ont aussi arrêté les contenus. Et plus tard, quand ils ont récupéré la NBA, ils m’ont recontacté pour relancer Deux Nuits Avec, cette fois en allant voir des jeunes prospects français susceptibles d’évoluer un jour en NBA, avec l’idée de raconter leurs histoires.
Tu en as déjà parlé sur tes réseaux, mais comment vis-tu l’arrivée de la concurrence sur le créneau de l’immersion dans la vie des sportifs ?
Au début, sans être effrayé, tu te dis que tu as quand même des gens sérieux en face, des créateurs très suivis comme Zack Nani ou Just Riadh, avec des millions d’abonnés. Moi, je trouve ça pas forcément juste : quand tu as déjà cette audience, pourquoi aller copier un concept qui existe ? C’est ça qui m’a un peu énervé au départ. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, sur les réseaux et dans les médias, il y a un nivellement par le bas, avec une course à faire des vues en reprenant ce qui marche déjà, plutôt que de créer des formats construits. En plus, certains ont tourné avec des joueurs avec qui je devais travailler, comme Nicolas Pépé ou Guerschon Yabusele. Après, on n’est pas exactement sur le même créneau, eux sont plus sur des stars. Moi, l’ADN de Deux Nuits Avec, c’est autre chose. Et je me rends compte que les gens ne viennent pas forcément pour une star, mais pour l’histoire que je raconte : l’épisode en Tchétchénie fait 500 000 vues, celui en Indonésie 300 000. Et j’ai reçu beaucoup de messages de soutien, et ça m’a fait comprendre que les gens sont vraiment attachés au concept. Au final, j’ai décidé de rester positif : il y a de la place pour tout le monde. Moi, je reste concentré sur ce que je fais, et ça me met même un coup de boost pour continuer à trouver des idées, comme un compétiteur.
« Tu te dis que tu as quand même des gens sérieux en face, des créateurs très suivis comme Zack Nani ou Just Riadh »
Tu as été journaliste pour L’Équipe ou encore l’AFP, et tu aurais pu poursuivre dans les médias traditionnels : qu’est-ce qui t’a poussé à créer plutôt qu’à rédiger ?
Avec le recul, je pense que le fait de travailler en équipe et d’avoir des chefs me posait vraiment problème, surtout au magazine L’Équipe, où il y a des égos surdimensionnés, que ce soit les chefs, les moyens chefs, les petits chefs ou les « pas de chefs ». Je me suis dit que ça ne m’intéressait pas de rester dans ce fonctionnement. J’aurais bien aimé faire de la présentation à la télévision, ça m’aurait plu, mais le voyage me manquerait. Et la rédaction, c’est quelque chose qui me manque aussi. J’ai toujours été passionné de livres, j’ai repris des cours de littérature où il fallait écrire, et ça m’a fait du bien de revenir à ça. À terme, c’est quelque chose qui pourrait me plaire, mais plutôt en dehors du sport.
Est-ce que tu considères encore aujourd’hui que tu es journaliste ?
Oui, vraiment. J’ai cette attache à la qualité de la préparation des contenus, avec cette idée que je pars en tournage comme si c’était pour Le Monde. Il faut que ce soit factuel, qu’on y apprenne des choses, je n’ai pas envie de faire du buzz. Journaliste, ça a été mon métier de rêve et ça reste ma passion. Malgré la situation actuelle des médias, je pense qu’il faut garder un regard critique, mais je défendrai toujours ce métier.
Quel est le business model d’un créateur de contenus dans le monde du sport ?
C’est principalement les partenariats. Moi, je ne gagne pas assez d’argent avec YouTube pour en vivre, je suis autour de 10 000 à 12 000 euros par an, ce qui est déjà très bien et me permet de financer quelques déplacements. Mais j’ai aussi énormément de dépenses parce que je voyage beaucoup. Il peut y avoir des partenariats avec des médias comme Prime ou Eurosport, mais ce sont surtout les marques qui viennent te chercher, souvent de manière ponctuelle. L’année où j’ai fait mon plus gros chiffre d’affaires, c’était celle des Jeux Olympiques, parce que je reste un créateur de contenus dans le sport, donc les marques recherchent ce type de profil. Je suis très attaché au format longs et je me considère moins bon sur les formats courts, ce qui peut être un désavantage parce que les marques vont beaucoup vers ça aujourd’hui. Globalement, le modèle repose donc sur les marques. Par exemple, j’ai été pendant deux ans et demi la tête d’affiche du Crédit Agricole sur les réseaux, j’ai fait un reportage pour Intersport lors des JO d’hiver, et plus récemment des épisodes avec Ubigi. Aujourd’hui, j’essaie de greffer une marque sur quasiment chaque épisode de Deux Nuits Avec, parce que j’en finance encore beaucoup moi-même, ce qui crée un vrai trou dans le budget. L’idée maintenant, c’est de rentabiliser au maximum chaque épisode. Le ratio est d’environ 90 % de sponsoring pour 10 % de revenus YouTube, avec près de 60 000 euros de dépenses par an. Après, je fais attention à ce que les partenariats aient du sens. L’avantage avec le concept de Deux Nuits Avec, c’est que tu peux intégrer beaucoup de types de marques, que ce soit du voyage, de la literie ou des boissons, mais derrière, ça reste toujours du storytelling.
« L’idée, c’est de rentabiliser au maximum chaque épisode. Le ratio est d’environ 90 % de sponsoring pour 10 % de revenus YouTube »
Ton premier projet a été de co-fonder ActuSports.fr : te verrais-tu revenir un jour à la rédaction web ?
Non. Si je réécris un jour, ce sera dans un registre purement littéraire, quelque chose de complètement différent. Aujourd’hui, je prends énormément de plaisir avec la vidéo, alors que je ne maîtrisais pas du tout ça au départ. Comme on dit, une image vaut mille mots, même si je reste très attaché à la littérature. Et je pense aussi que j’ai encore beaucoup de choses à améliorer techniquement en vidéo, donc j’ai surtout envie de continuer dans cette voie-là et de me perfectionner.
Quel est le projet ultime que tu aimerais créer ?
Depuis le début, je pense que Deux Nuits Avec est mon projet ultime. J’ai cette chance d’avoir trouvé dès le départ un projet qui me fait vraiment rêver. Après, j’ai aussi d’autres idées, comme un format à la « Rendez-vous en terre inconnue » orienté sport, où tu prends un sportif et tu l’emmènes découvrir des joueurs au fin fond du Pérou, à 5 000 mètres d’altitude. Et pendant mon voyage en Indonésie, j’ai aussi pensé à un concept autour des fans, et plus précisément des ultras, que tu retrouves partout dans le monde avec leurs spécificités. Là, il faudrait une vraie production : tu prends par exemple le chef des ultras de Magdebourg en Allemagne et celui du Persib Bandung en Indonésie, et chacun passe une semaine dans le club de l’autre pour découvrir la culture du football et la manière dont les ultras fonctionnent. Je pense qu’il y a vraiment quelque chose de différent à faire.
Tu as travaillé au cabinet du maire de Poissy : quel regard portes-tu sur le projet de stade du PSG à Poissy ?
Je trouve ça à ch*er ! Souvent, je me demande comment aborder ça, parce que tu es obligé d’avoir un certain renouveau, mais aujourd’hui, les stades se ressemblent tous, ce sont des boîtes à chaussures. Je suis d’accord sur le fait que tu peux évoluer sans perdre ton identité. Par exemple, le stade de Tottenham est exceptionnel (je suis fan de Tottenham !) mais pour le PSG, le Parc des Princes est tellement mythique. Ça reste le club de Paris. Aller à Poissy, je ne vois pas l’intérêt. Je pense que le club est tellement international que les gens iront au stade quoi qu’il arrive, mais pour moi, ça reste un non-sens. Après, c’est du business, et avec le temps, tout le monde s’y fera. Les nouvelles générations considéreront que ce sera leur stade.

LA QUESTION ACTU
Peux-tu nous parler « Du Dribble au Mic » ?
L’idée vient vraiment de Glenn Smith, le manager de La Fouine. On se suit depuis longtemps et on s’est connectés comme ça. À la base, Glenn fait de la réalisation de clips, c’est lui qui réalisait les Fouiny Stories, qui étaient un peu les premiers documentaires dans le rap. Quand on a commencé à échanger, je me suis dit que j’aimerais beaucoup faire un hors-série avec La Fouine. Ça a mis du temps, mais on a fini par tourner un épisode de Deux Nuits Avec à l’île Maurice avec lui. Au total, on a passé cinq jours ensemble, et ça s’est super bien passé. Quelques mois plus tard, Glenn revient vers moi avec l’idée de faire un projet autour du rap et du football. Depuis quelques années, il y a de plus en plus de joueurs qui se mettent au rap, comme Serge Aurier ou Geoffrey Kondogbia, et cette connexion entre les deux univers se renforce. On a d’abord écrit un documentaire qu’on a proposé à Prime Video, mais le projet a été refusé car pas assez solide. Pendant un an et demi, il ne s’est rien passé. Puis je me suis dit qu’on pouvait en faire une série YouTube, avec un épisode par mois : à chaque fois, on fait se rencontrer un rappeur et un footballeur pour qu’ils découvrent le milieu de l’autre. Le point central, c’est qu’ils créent un son ensemble, qui sort ensuite sur toutes les plateformes. On a tourné un premier épisode, diffusé à partir du 6 avril, avec le rappeur R2 et Castello Lukeba. Et quand on a commencé à en parler, il y a eu énormément de retours, que ce soit du côté des rappeurs ou des joueurs, avec déjà des noms importants qui veulent participer.
L'INTERVIEW SUPERLATIFS
L’invité le plus à l’aise ?
Nader Ghandri ! Alors lui… j’ai même dû couper des trucs au montage parce qu’il s’emballait un peu trop (rires).
Le plus timide ?
Ahmad Allée, en Irak. Mais je ne dirais pas timide, plutôt réservé, tout en étant très cool.
Le plus intimidant ?
Rudy Gobert, parce que j’étais jeune à ce moment-là et que je savais que ça pouvait potentiellement avoir un impact sur la suite de la série. Il fallait que l’épisode soit réussi, donc je m’étais mis une pression supplémentaire.
Celui qui t’a le plus fait rire ?
Il y en a pas mal ! J’ai vraiment énormément rigolé avec Maxime Bernauer, en Croatie. C’était vraiment une histoire de feeling, on s’est tapé des fous rires. Et il y avait aussi Mathias Coureur, avec qui j’ai beaucoup rigolé.
Le plus généreux dans le partage ?
Maintenant, de plus en plus, ils sont tous généreux. Mais je dirais Andrew Jung, en Indonésie.
L’invité avec qui tu es resté le plus en contact aujourd’hui ?
Mathias Coureur, que je suis allé voir au Kazakhstan, top de chez top. Et Maxime Chanot. Ce sont tous les deux devenus des amis. J’aurais pu les citer pour les deux dernières catégories.
Le tournage le plus galère ?
Manchester City avec Aymeric Laporte, au tout début de la série. Parce qu’en fait, je sentais que ça le saoulait au bout d’une demi-journée de tournage. J’étais dans l’appartement en dessous du sien, donc pas chez lui, et le club ne voulait pas que je filme à l’intérieur du club. Ce n’était pas fluide.
Le plus gros imprévu pendant un tournage ?
La Bolivie, où je suis censé faire un épisode avec Jean-Christophe Bahebeck et Balamine Savane. Quand j’arrive, Balamine vient me chercher à l’aéroport et m’annonce que Bahebeck ne veut plus faire l’épisode. J’ai fait des milliers de kilomètres pour ça… Ensuite, il me loge chez eux, je dors sur le canapé, ils vivent en coloc dans un bel appartement. J’arrive quand même à faire parler un peu Bahebeck parce que je lui avais ramené un cadeau, et à ce moment-là, je réussis à le filmer. Après, ils sont censés avoir arrangé avec le club pour que je puisse les suivre en déplacement. Je vais avec eux jusqu’à l’aéroport pour prendre l’avion, et là, quelqu’un du club me dit : « Mais qu’est-ce que tu fais là ? Tu n’as pas de billet. » Je me retrouve donc à repartir seul dans l’appartement pendant deux jours. Et comme ils n’avaient pas payé l’électricité, je suis resté dans le noir pendant un jour et demi. Une vraie galère.
Le pays le plus incroyable ?
J’aime beaucoup la Turquie, de manière générale. Sinon, j’aurais tendance à dire le Népal, même si je n’ai pas eu la chance de découvrir tout le côté montagneux, ce qui reste un petit regret. Je suis obligé de citer le Liban aussi. Un pays exceptionnel.
Et la plus belle ville ?
Saint-Pétersbourg, sans hésiter !
L’anecdote la plus folle ?
Ça n’a pas de lien direct avec Deux Nuits Avec, mais après avoir fait un épisode avec Maxime Chanot, avec qui je suis devenu très proche, on s’est retrouvés à New York pendant la Coupe du Monde des clubs. Comme il connaît beaucoup de monde là-bas, on s’est retrouvés en soirée avec des joueurs du PSG comme Achraf Hakimi. Après, en termes d’épisodes, l’Algérie, c’était exceptionnel. Patrice Beaumelle m’avait intégré au staff pour que je vive le match de l’intérieur, en immersion totale. Même les joueurs m’avaient donné un nom arabe : Abdelkader.
La plus grosse prise de risque ?
Je dirais soit la Tchétchénie soit la Centrafrique. La Centrafrique, c’était vraiment impressionnant. C’est la première fois que je voyais des miliciens de Wagner en chair et en os, avec des blindés partout, une vraie ambiance de guerre. Tu ne pouvais pas sortir de la capitale. Et en Tchétchénie, je me suis retrouvé à dîner avec un mec recherché pour meurtre par Interpol…
L’épisode qui a le mieux marché… et que tu n’avais pas vu venir ?
Maxime Chanot à Los Angeles. On avait fait un premier épisode en Bosnie qui avait fait 40 000 vues. Là, je me dis que c’est un autre format, « que deviens-tu ? », et souvent ça marche moins bien, donc c’était surtout pour prendre des nouvelles. Mais comme ça parle de Los Angeles, rien que de le mettre dans le titre, ça attire. Et en plus, la première phrase que je mets, c’est que si Los Angeles jouait en Ligue 1, ils seraient septièmes, donc ça fait parler.
La plus grosse ambiance ?
Mon classement, c’est numéro 1 le Mouloudia, et numéro 2 Persib Bandung en Indonésie. Mais en Indonésie, c’était une vraie surprise, je ne m’attendais pas du tout à ça, et ça a chanté pendant tout le match. C’était vraiment une très grosse ambiance.
Le moment le plus gênant que tu aies vécu ?
Pour mon premier épisode avec Kentin Mahé, je m’étais tellement mis la pression et j’étais tellement stressé le premier matin que j’avais pris des anti-vomitifs. En plus, j’avais oublié ma brosse à dents et je n’avais rien osé dire, donc je me lavais les dents avec du dentifrice et mes doigts, et je mangeais des chewing-gums toute la journée !
Enfin, ton épisode préféré ?
Je dirais quand même la Centrafrique, parce que ça montre tout ce que je veux faire avec Deux Nuits Avec. Mettre en avant une personne. Ici Raoul Savoy, dans un contexte géopolitique très particulier, et montrer que malgré la situation, malgré la pauvreté, le football a une place centrale et aide la population.
Certains ont tenté de le copier. Mais personne n’a su retranscrire la même humanité que propose Florian Gautier à travers ses projets. Ce n’est pas seulement un journaliste ou un voyageur. C’est un storyteller. De ceux qui racontent des histoires avec justesse, avec exigence et avec émotion. Il fait partie de ceux qu’on aime retrouver dans sa playlist YouTube « À regarder plus tard », parce qu’on sait que pendant une heure ou deux, on va apprendre, découvrir et voyager. Et si c’était ça, finalement, le journalisme moderne ?
C'était Florian Gautier par Simon Leon !
Crédits photos : Florian Gautier



