Identité visuelle, émotion, IA : le futur de la photographie sportive selon Paul Pacaux
- Simon Arnaudet
- 18 nov.
- 4 min de lecture
Dans cette rubrique, on aime aller voir ceux dont on parle rarement mais qui font vivre le football au quotidien. Après avoir plongé dans le recrutement avec Lucas Clément (US Boulogne) et dans la communication du football amateur avec Jérémy Glaise (District Oise), on change de terrain sans quitter la pelouse. Cette fois, direction l’image et la photographie sportive, avec Paul Pacaux, 25 ans, graphiste et photographe spécialisé dans le sport, en particulier le football. Joueur licencié et éducateur sportif, il a toujours vécu au rythme des terrains et met aujourd’hui cette culture du jeu au service des clubs, des athlètes et de tous ceux qui cherchent à raconter une vraie histoire. Entre photographie, direction artistique et création d’identités visuelles, il s’est donné une mission simple – presque évidente pour lui : sublimer ce que le football a de plus humain.

Quel est le moment le plus difficile à capturer dans un match et que personne ne soupçonne ?
Pour moi, le plus difficile, c’est de réussir à capturer l’action clé du match. C’est un moment qui ne se reproduira pas et, même si le facteur chance existe toujours, lorsque l’action, la célébration ou le tournant du match se déroule sous nos yeux, on n’a plus le droit à l’erreur. Il faut être prêt, déclencher au bon instant, puis savoir retoucher et recadrer pour que le spectateur puisse revivre ce moment unique.
« Sublimer ce que le football a de plus humain »
Quelle est la différence la plus marquante entre photographier un club amateur et un club pro comme le RC Lens ou l’Olympique de Marseille ?
Pour moi, la vraie différence se joue au niveau des accès. En district, dans un club amateur, on est au plus près des joueurs, des émotions et des actions. Il y a une authenticité incroyable, presque brute, qu’on ne retrouve pas toujours au niveau professionnel. Mais la différence se ressent aussi dans les retours. Une photo prise dans un stade professionnel, avec des maillots connus et un cadre spectaculaire, crée instantanément un effet “waouh”. En amateur, cet effet est plus difficile à obtenir, et c’est justement là que réside le vrai défi : réussir à produire des images qui dégagent la même intensité sur un terrain ordinaire qu’au bord d’une pelouse de Ligue 1.

Quelle photo as-tu prise dans un club amateur qui, selon toi, pourrait être exposée dans un musée du football ?
Je pense immédiatement à une photo prise avec mon club d’enfance, qui est probablement ma préférée. C’est la photo d’équipe d’avant-match de l’AS Radinghem, un club de deuxième division départementale, lors d’un 5ᵉ tour de Coupe de France historique. Le club venait d’éliminer trois équipes régionales et s’apprêtait à affronter une Nationale 3 (Calais). Cette image représente bien plus qu’un simple groupe de joueurs. On y voit tout un village derrière son équipe : des supporters qui sont aussi des membres du club, des jeunes, des anciens… une vraie famille soudée autour d’un moment exceptionnel. Ce qui me touche le plus, c’est que malgré la pression de l’événement, les joueurs affichent tous un sourire, alors qu’habituellement les photos officielles montrent des visages concentrés. Cette image capture parfaitement l’essence du football amateur : l’émotion, la fierté et cette passion collective qui dépasse largement le terrain. Et pour moi, en plus, une part de mon histoire personnelle.

Quel a été le déclic pour passer pleinement à la photographie sportive ?
Ça a été le moment où j’ai compris que je pouvais réunir mes deux passions : le football et la création visuelle. Photographier un match, c’est raconter un scénario en temps réel, avec ses émotions et ses rebondissements. Et finalement, commencer la photo par ce que je connais le mieux — le terrain, les attitudes, le rythme du jeu — c’était la manière la plus naturelle pour moi d’entrer pleinement dans cet univers.
« L’IA pourra améliorer nos outils, mais elle ne pourra jamais reproduire le timing, l’œil et la sensibilité humaine »
Quelle est, pour toi, la prochaine évolution du métier de photographe sportif dans les cinq ans à venir ?
L’évolution majeure dans la photographie sportive viendra de la rapidité et de l’efficacité permises par les outils techniques dans le traitement et la livraison des images. Notamment avec l’IA : les boîtiers, les caméras et les logiciels de retouche seront optimisés, ce qui automatisera certaines tâches techniques et libérera du temps pour se concentrer sur la création et l’expression. Mais le photographe sportif ne sera pas remplacé. Notre rôle est de capturer un moment réel, unique, dans un événement qui ne se reproduira jamais. On ne peut pas inventer une action, une émotion ou l’énergie d’un match passé. L’IA pourra améliorer nos outils, mais elle ne pourra jamais reproduire le timing, l’œil et la sensibilité humaine qui permettent de retranscrire fidèlement l’instant et l’action sur le terrain. À l’avenir, je pense d’ailleurs que le photographe sportif deviendra un créatif complet, un véritable professionnel de l’image, capable de combiner photo, vidéo et graphisme pour raconter l’histoire d’un événement.

Si le football amateur veut continuer de grandir, il devra soigner sa vitrine autant que son recrutement ou sa formation. L’identité visuelle, la cohérence graphique, la puissance émotionnelle d’une photo : tout cela est devenu un levier de développement. À travers le regard de Paul Pacaux, on comprend que l’image n’est plus un luxe, mais une nécessité. Et qu’au moment où l’IA frappe à la porte, c’est encore — et toujours — le regard humain qui fait la différence.



