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Lucas Deaux : « Le football m’a plus éloigné de l’humain qu’autre chose »

  • 29 mai
  • 14 min de lecture

On parle souvent des footballeurs « sans filtre » pour désigner ceux qui parlent sincèrement. Mais bien souvent, le terme est galvaudé. Être « sans filtre », ce n’est pas parler vite ou fort. Ce n’est pas dire tout ce qui passe par la tête sans réfléchir. Et puis il y a Lucas Deaux. Un homme intelligent qui accepte consciemment le risque d’être totalement honnête. Absolu : voilà sans doute le mot qui résume le mieux le joueur (et l’homme) qu’il a toujours été. Sur le terrain comme en dehors, Lucas Deaux n’a jamais fait semblant. Entier, parfois brut, souvent lucide, il assume ses émotions, ses regrets, ses convictions et ses contradictions. Y compris dans cette interview.


Lucas Deaux

 

Alors ce marathon ?

Très bien ! J’ai fait une prépa de trois mois, donc ça s’est bien passé. Effort intense. Chose à laquelle je n’étais pas forcément préparé mentalement. Je ne pensais pas que ça serait aussi dur, surtout sur la fin. Mais sinon, dans la globalité, je suis fier de ce que j’ai fait. Je m’étais fixé moins de 3h30, j’ai fait 3h26. Je suis dans les objectifs que je m’étais fixés. Je suis content !

 

Un nouveau marathon en vue ou un autre challenge ?

Pas pour l’instant. Je ne sais pas quand je referai un marathon, mais j’ai pris goût à la course. Après, à voir… J’aimerais bien faire des trails, peut-être même des ultra-trails, parce que ce serait encore un autre effort, un autre type d’effort. Donc on verra, je ne me prends pas la tête. J’aimerais bien essayer de me mettre au jujitsu brésilien aussi. Ça dépendra du temps que j’aurai à accorder à la discipline.

 

Comment fait Lucas Deaux pour avoir « un esprit sain dans un corps sain » ?

Ça dépend de chacun. Chacun a sa propre vision et sa propre dynamique. C’est très subjectif. Tu peux penser avoir un esprit sain dans un corps sain sans forcément l’avoir aux yeux de quelqu’un d’autre. La vision évolue en fonction des expériences qu’on a, des gens qu’on côtoie, de la vie en fait. Par exemple, plus on avance dans la vie, plus on acquiert de la sagesse, tout simplement parce que l’expérience fait qu’on relativise beaucoup plus l’importance ou non des évènements qu’on rencontre dans sa vie.

 

Quel rôle a joué Jean Gaspard dans ta carrière ?

C’est mon père qui le connaissait. Moi, je n’ai pas beaucoup de souvenirs parce que j’étais trop petit. C’est lui qui m’a fait entrer au Stade de Reims quand j’avais 4 ans. Au départ, je devais aller à Reims Saint-Anne, mais Jean Gaspard a réussi à convaincre mon père ! D’ailleurs, mon père m’a ensuite coaché au Stade de Reims.

 

Ton père est entraîneur ?

Il est prof de base. Mais il a tout mis en œuvre pour que je sois dans les meilleures conditions et que je puisse réaliser mon rêve, en m’accompagnant et en devenant coach bénévole au Stade de Reims. Et ça a marché !

 

Le fait qu’il soit professeur a-t-il eu une influence sur ton éducation au football ?

Mon père, il n’était pas là-dedans. Enfin, j’espère qu’avec ses élèves, si ! Mais avec moi, non. Il était juste. Il me disait toujours ce qu’il pensait. Avec du recul, je ne sais pas si j’aurais eu le même parcours sans lui. Il ne me laissait pas m’embourber dans quelque chose de négatif ou trop m’enflammer. Je ne pense pas qu’il ait été pédagogue comme un professeur, mais il a été présent comme un père.

 

Pourquoi avoir souvent porté les numéros 13, 18 et 8 ?

Il y a une signification pour chacun de ces numéros. Le 13, c’est parce que ma première petite copine, quand j’ai signé pro, était née un 13 juin. Le 18, c’est quand je suis arrivé à Nantes. Il y avait le choix entre le 18 et le 23. Moi, comme j’étais fan de NBA, j’avais choisi le 23, sauf que j’ai signé le même jour que Yohan Eudeline et Yo a choisi le 23 avant moi ! Ensuite, j’ai gardé le 18 par superstition quand je suis parti en Belgique. Après, quand ma fille Lola est née, j’ai pris le 8 parce qu’elle est née le 8 septembre. J’ai pu garder le 8 parce qu’il était dispo. À Dijon, je voulais le 8, mais c’était Mickaël Le Bihan qui l’avait, donc j’ai pris le 12 parce qu’il restait le 2 ou le 12. Et le 2, c’est le pire numéro qui existe ! Ça me rappelait Christophe Dugarry à l’époque de Marseille ! Dès que j’ai pu changer, j’ai changé. On pouvait choisir des numéros jusqu’à 99, donc j’ai pris le 88 pour avoir encore une fois le 8. Puis le 26, parce que je suis né le 26 décembre.


Numéro Lucas Deaux

 

Quand et comment as-tu fait la bascule entre Reims et Nantes ?

Sportivement parlant, je suis plus proche de Nantes que de Reims, mais je suis Rémois, je resterais Rémois. Ce n'est pas du tout forcément un choix de cœur que d'être resté en région Nantaise. Avec ma femme, on ne savait pas trop non où on allait vivre. Mon dernier contrat, c'était Nancy. Donc, on aurait peut-être éventuellement dû déménager à Nancy. Mais sinon, on serait resté sur Dijon. Ma femme bosse pour une boîte là-bas.

 

Si tu avais le choix, où aimerais-tu vivre ?

Je ne connais pas assez le monde pour choisir… Plus tard, quand on sera plus vieux, j’aimerais bien vivre plus dans le sud. Mais pas le sud-est, plutôt le sud-ouest, dans les Landes par exemple. On y est allés plusieurs fois et je m’y sens vraiment bien, apaisé. Pourquoi pas une ville avec du soleil, de la vie, dans le style de Barcelone. Alors que je ne connais pas un mot d’espagnol ! J’y suis allé qu’une fois, mais ça me donne tout de suite envie d’y vivre. Sinon, il y a une ville que j’adore, c’est New York. Mais ça n’a rien à voir avec tout ce que je viens de dire, parce que c’est très urbain, avec beaucoup de monde, très speed.

 

Le 17 mai 2013, à la 3ème minute de jeu et après avoir reçu ce rouge contre Sedan, que te dis-tu dans ta tête ?

Tu te dis que tu as merdé ! Même si pour moi, c’était abusé. Il n’y a jamais rouge. Tu mets un jaune, surtout à la troisième minute. Tu mets même deux cartons jaunes, parce que, à la base, c’est lui qui m’insulte. Après, tu sais qu’une fois que le carton est sorti, ça ne sert à rien de discuter, donc je me barre. Tu te dis que tu laisses l’équipe dans la merde et que peut-être tu as couru toute une saison après un objectif que tu as niq** sur un coup de tête. C’est le cas de le dire. Le club attendait ça depuis quatre ou cinq ans. Nantes, c’est une terre de foot. Il y a plein d’émotions qui se mélangent. Mais bizarrement, tout au fond de moi, je n’étais pas inquiet, comme si le chemin était déjà tracé. J’avais confiance en mes partenaires.


Lucas Deaux rouge Sedan

 

Cet événement a été important dans la relation avec ton père ?

Oui, ça a été une étape parce qu’il était là pour me réconforter. Il a pris le temps de savoir si j’allais bien et de rester à mes côtés. Mais lui aussi m’avait dit qu’il avait très mal vécu ce moment-là, plus que moi je pense. Quand j’étais gamin, il était strict. Ce match a été comme un déclic. Je passais à l’âge adulte. Il n’avait plus besoin d’essayer de m’endurcir.

 

Et à la 93ème minute de jeu contre Rennes après ton but sur une passe décisive de Lucas Deaux ?

Déjà, jusqu’au moment où je célèbre, je ne suis même pas sûr qu’il y a but ! Normalement, il n’aurait jamais dû être accordé ! Et tu vois, il n’y a que ça qui va me manquer : les émotions que tu vis en tant que footballeur. Tu ne penses pas au reste, tu ne penses pas au jeu, tu ne penses pas aux contrats. Tu penses uniquement aux émotions que ça peut te procurer. C’était il y a 13 ans et les fans m’en parlent encore. Heureusement que je n’ai fait que ça, parce que sinon… (rires).


Lucas Deaux but Rennes

 

Si tu devais ressortir une seule rencontre parmi tes 453 matchs pros, lequel choisirais-tu ?

Le premier match. J’avais 17 ans. C’était à Grenoble. Je rentre à la fin, on perdait 4-0, mais tu découvres le monde pro et c’est un moment particulier. Je m’en souviens comme si c’était hier.

 

Tu étais stressé ?

Non, franchement, j’étais hyper serein. Il y avait 4-0, donc qu’est-ce que tu veux qu’il se passe ? Le coach a été intelligent, il m’a fait entrer à ce moment-là.

 

Penses-tu avoir été sous-coté durant ta carrière ?

Non. Il y a des joueurs moins bons que moi qui ont fait une plus belle carrière, et des joueurs meilleurs que moi qui en ont fait une moins bonne. À la base, je suis formé dans un club qui n’était même pas professionnel, avec des moyens limités. Donc si j’avais fait uniquement une carrière en Ligue 2, j’aurais déjà été content. Mon profil, c’était le mec qui court, qui récupère, le “chien”. Mais j’avais aussi des qualités techniques qui étaient bonnes, parfois très bonnes, parfois j’étais limité aussi. Je trouve surtout que j’ai bien évolué avec le temps. Les trois saisons que je fais à Guingamp, pour moi, je suis un vrai bon milieu de terrain de Ligue 1. Après, honnêtement, je ne trouve pas que j’étais un joueur agréable à voir jouer. Moi-même, je ne kiffais pas me regarder jouer. J’aimais les beaux joueurs, les mecs élégants sur un terrain. Moi, je n’étais pas un beau joueur.

 

Tu aurais pu être un autre joueur ?

Oui, peut-être. J’aurais aimé être moins façonné, comme je l’ai été pendant ma formation, où on me demandait de jouer archi simple et de ne pas prendre de risques. Le jeu que j’avais chez les pros n’était pas du tout le même que celui que j’avais quand j’étais jeune. Moi, j’aimais dribbler, prendre des risques. J’ai toujours adoré le jeu.

 

Donc, la formation a modifié ton profil de footballeur ?

Ça dépend de la pédagogie de ton formateur. Quels sont ses principes à lui ? Demain, tu prends un mec de 16 ans qui est formé par Luis Enrique ou un mec de 16 ans qui est formé par Mourinho, ils ne vont pas forcément avoir la même trajectoire. Même si ce sont deux méga entraîneurs.

 

Donc si, par exemple, tu avais été formé par Jean-Marc Furlan, ta carrière aurait pu être différente ?

Peut-être. J’ai des amis qui ont joué sous ses ordres et apparemment, c’est un top entraîneur. Mais au final, il a fait une moins grosse carrière qu’un mec comme Der Zakarian, qui est réputé pour être défensif. Donc tout est relatif. Les médias ont aussi une part hyper importante là-dedans.

 

Comment ça ?

Quand des fois je tombe sur la chaîne L’Équipe, les mecs n’ont jamais joué au foot. RMC, c’est pareil. Il y en a plein qui ont des sensibilités, mais maintenant tout le monde donne son avis. Et je trouve que c’est toujours compliqué de donner son avis quand on n’a pas connu le foot de haut niveau.

 

Que manque-t-il à ta carrière ?

Gagner un truc. Je n'ai rien gagné.

 

Tu as un regret particulier ?

Oui, c’est de ne pas avoir été assez professionnel au moment où j’ai commencé à me blesser. Je n’ai pas été assez pro. Trop de jeux vidéo, trop de nuits où je me couchais tard. Je n’ai pas accordé assez de temps à la récupération. Mes cinq dernières saisons, je les ai un peu subies.

 

Le football t’a-t-il rendu plus humain ou plus méfiant ?

Plus méfiant. Et c’est paradoxal, parce que ce que tu cherches dans le football, ce sont les émotions. Mais en même temps, très tôt, on te coupe d’une partie des émotions humaines. En tout cas, c’est mon ressenti. Le football m’a plus éloigné de l’humain qu’autre chose. C’est aussi pour ça que, souvent, en fin de saison, je pleurais. Les moments vécus avec les coéquipiers, les victoires, les périodes difficiles où tu t’accroches ensemble et où tu crées quelque chose d’inexplicable… Le fait que tout ça s’arrête, sans savoir comment ça allait se passer l’année d’après, ça me faisait chier. J’ai pleuré plein de fois.

 

Lucas Deaux est-il un leader ?

Oui. Parce que je sais que, par mon tempérament et ma façon d’être, j’ai toujours réussi à emmener des mecs avec moi. Tu n’as pas forcément besoin de parler. Le leadership, c’est aussi la confiance que tu inspires par la personne que tu es et par le fait d’être exemplaire.


Lucas Deaux Dijon

 

Tu te souviens d’un entraineur qui a influé sur ton après-carrière ?

Je dirais Antoine Kombouaré. Parce que ma relation avec lui n’était pas vraiment footballistique, elle était plus humaine. Pendant nos deux ans et demi ensemble, et même après, on ne parlait pas tant de foot que ça, on parlait surtout de la vie en général. Il y a une phrase qu’il m’a dite un jour qui m’a beaucoup marqué et que je commence à comprendre maintenant : « Tu sais Lucas, la vie n’est ni noire ni blanche, la vie, elle est grise. » Moi, j’ai toujours été extrémiste dans ma façon d’être, et lui m’a aidé dans ma recherche d’équilibre. Il y a aussi Bernard Blaquart. Lui, j’ai kiffé son côté simple, le fait de ne pas se prendre la tête.

 

Tu t’es souvent positionné comme un défenseur de la méritocratie. A quel point le travail paie selon toi ?

Il paie toujours. Personnellement, j’ai beaucoup travaillé, mais j’aurais pu encore plus travailler. Pour moi, quand tu travailles vraiment dans ton métier, tu te donnes plus de chances d’avoir des résultats. Et les résultats t’apportent aussi une forme de confort, plus de liberté dans ta vie. Ça te permet justement de profiter davantage des moments off, comme aujourd’hui, et d’apprécier la vie.

 

Tu peux nous parler de Eudaimonia Social Sport Club ?

Avec Rémy Riou et Vincent Bessat, on s’était toujours dit que ça aurait du sens de monter un projet ensemble. Quand Sophie, avec qui on travaillait au FC Nantes, nous a parlé du projet, on a foncé. Eudaimonia, c’est une salle de sport qui connecte les gens à travers des solutions collectives. On propose près de 140 cours par semaine dans huit univers différents : musculation, aquatique, pilates, boxe, danse… C’est très complet. On veut offrir un maximum d’expériences différentes. Au départ, je pense qu’on ne se rendait pas vraiment compte de ce que représentait un projet pareil. Mais maintenant que c’est fait, je ne regrette pas du tout. On essaie d’apporter quelque chose de positif dans la vie des gens, et on y arrive. C’est un concept innovant qu’on ne retrouve nulle part ailleurs en France, donc on est contents. J’ai énormément donné pour ce projet : j’ai fait déménager ma famille, j’ai travaillé non-stop pendant deux ans avec des semaines à 60-70 heures. Mais au final, ça a marché !


 

Quel est ton leitmotiv dans ce projet ?

À la base, c’était de réussir le projet. Personnellement, j’avais envie de me prouver quelque chose. Pas juste être “le mec qui a joué au foot”. On parlait tout à l’heure du fait que le travail paie, et moi, j’ai toujours été persuadé que peu importe le milieu d’où tu viens, l’éducation que tu as eue ou ton parcours, si tu as vraiment envie que ça marche, tu trouveras les leviers pour y arriver.

 

Mais à quel prix ?

Ça, c’est différent. Mais je pense quand même que si tu as vraiment envie que ça marche, ça peut marcher. Bien sûr, il faut mettre la main à la pâte, énormément bosser, être intelligent et ne pas avoir trop peur… même si, au final, on est souvent guidé par la peur. Aujourd’hui, ce qui me fait me lever tous les matins, c’est de profiter pleinement de mon travail tout en gardant un équilibre avec ma vie perso.

 

Tu parles de peur, comment tu fais pour lutter contre la peur ?

Tu ne luttes pas. Ça ne sert à rien de lutter contre la peur, parce que ça fait partie de la vie. C’est une émotion.

 

Alors comment tu l’apprivoises ?

Il faut relativiser et se dire qu’au final, la vie choisit souvent pour toi. Et c’est là que je parlais d’égo : on est très égocentriques, parce que ce qui nous fait peur ou nous touche, ce sont les choses qu’on aime. Tout ce qui compte pour toi peut te faire peur. Tu peux te dire : “Demain, je monte un projet, mais si ça ne marche pas ? Si je dois de l’argent à la banque ? Si je n’ai plus de travail ? Comment je vais nourrir mes gamins, profiter avec ma femme, voyager, être libre ?” Tu as peur parce que tu imagines déjà toutes les conséquences possibles de tes décisions. Aujourd’hui, on est énormément dans l’anticipation.

 

Pourquoi avoir choisi le nom « Eudaimonia » ?

Ça vient de la Grèce antique et, pour moi, ça résume la quête du bonheur. Je dis “pour moi” parce que la définition du bonheur reste quelque chose de très subjectif.

 

Quelle est ta vision personnelle du bonheur ?

Ma vision du bonheur, c’est d’être en paix avec moi-même, d’atteindre un maximum de sagesse et de réussir à être en joie au quotidien. C’est être reconnaissant de la vie, avoir de la gratitude pour ce qu’elle peut nous apporter. C’est se sentir vivant, réussir les projets qu’on veut et les partager avec les gens qu’on aime. Déjà ça, c’est une grande richesse. Aujourd’hui, je pense qu’il faut moins chercher le plaisir immédiat et davantage un bonheur qui dure dans le temps, sur toute une vie. On confond souvent plaisir et bonheur. Une multitude de petits plaisirs peut t’apporter du bonheur, mais ça reste souvent un bonheur éphémère, pas quelque chose de permanent.

 

Tu as l’air calé sur le développement personnel…

Les mecs qui te racontent leur routine à se lever à 6h du mat’, à se faire cuire deux œufs et à se mettre des concombres sur les yeux ? (rires)

 

Disons plutôt la philosophie alors !

La philosophie, oui, ça m’intéresse vraiment. J’ai commencé en suivant Le Précepteur sur YouTube. Il fait de la vulgarisation philosophique et, grâce à lui, j’ai découvert Spinoza, Nietzsche, Aristote ou encore Platon. Puis après, tu vas plus loin et tu développes ton apprentissage.

 

Quel est ton dernier apprentissage en philosophie ?

La compréhension de l’autre. Tu n’es pas obligé de partager sa pensée, parce que c’est justement ce qui te rend différent de lui. Mais essayer de comprendre ce qu’il veut mettre derrière ses idées, le principe qu’il défend. Par exemple, la charge mentale des femmes, je ne la comprends pas forcément parce que je ne la vis pas au quotidien. Mais je la respecte et je réfléchis à ce que je peux mettre en place pour faire un pas vers elle, afin qu’elle ait justement moins de charge mentale.

 

Quelle est ton émotion avec cette fin de saison du FC Nantes ?

Je n’ai pas d’émotion.

 

Aucune ?

Non. Parce que je ne suis pas supporter de Nantes. J’aime ce club, mais ça ne me touche pas, car je ne fais plus partie du club. Ça m’aurait plus touché si j’avais eu une part de responsabilité.

 

Tu as davantage été touché par la descente du Stade de Reims la saison dernière ?

Encore moins.

 

Encore moins ?

Oui. J’ai rarement eu des émotions de supporters. Quand j’étais petit, j’étais supporter du PSG de Youri Djorkaeff, des Invincibles d’Arsenal, puis de Ronaldinho. Après, bizarrement, je n’ai plus vraiment supporté personne. Je suis triste pour certaines personnes, mais c’est la vie.

 

Aimerais-tu t’investir dans un club dans l’avenir ?

Je ne sais pas. Personne ne me l’a proposé, et ce n’est pas moi qui irai le chercher. Après, ma femme travaille à Dijon, donc je pourrais éventuellement habiter là-bas… Bref, ça s’écoute.

 

Et si tu pouvais choisir ton poste dans un club…

Il faudrait quand même un poste où tu as des décisions à prendre. Responsable du recrutement ou coordinateur sportif, par exemple. Je suis plus attiré par le côté sportif que par le management.

 

Est-ce que tu penses que tout footballeur a une facilité pour repérer le talent ?

Footballeur ou pas, tout le monde a une sensibilité. C’est pour ça que quelqu’un comme Walid Acherchour, qui fait beaucoup de bruit et parle parfois un peu fort, des fois ça me fait marrer, des fois ça m’agace, mais il a quand même une sensibilité. Pareil pour Daniel Riolo. Tu peux dire ce que tu veux, ce n’est pas con ce qu’ils racontent. Après, il ne faut pas tomber dans le too much, comme a parfois pu le faire Christophe Dugarry.

 

Lucas Deaux Rémy Riou
La question Networking de Rémy Riou

« Si le Lucas d’aujourd’hui avait un message à passer au Lucas qui allait arrêter sa carrière, quel serait-il ? »

Ça serait de faire confiance à la vie. Certains appellent ça le karma, d’autres le destin, la vie ou Dieu. Mais il faut faire confiance. Et continuer d’être généreux, aimer les gens que j’aime du plus profond de mon cœur et me concentrer sur eux. Arrêter aussi de vouloir sans cesse me prouver des choses à moi-même. Fais confiance à la vie, et elle te le rendra.

 

Dans le football, on colle facilement des étiquettes. Il y a les joueurs « sans filtre » et les « taiseux », ceux qui ne parleraient jamais assez. Lucas Deaux a bizarrement souvent été rangé dans ces deux catégories. Et pourtant, c’est probablement une erreur. Lucas Deaux n’est pas un taiseux : c’est simplement quelqu’un qui refuse de parler pour ne rien dire. Mais dès qu’un sujet l’anime, dès qu’il touche à ses convictions, à la vie, au football ou aux relations humaines, alors on découvre un homme profondément réfléchi, capable de transmettre avec sincérité son expérience, ses émotions et sa vision des choses. Révélé à Reims, explosif à Nantes, puis passé par Guingamp, Dijon ou Nîmes, Lucas Deaux s’est imposé partout grâce à son tempérament autant qu’à son talent. Et au fond, malgré tous ces voyages, son véritable point d’ancrage n’a jamais été un club ou une ville. Sa vraie maison, c’est sa famille.

 

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C'était Lucas Deaux par Simon Leon !

Crédits photos : Lucas Deaux, L'Équipe, Ouest-France, ASNL

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